Tatoueuse et tatouée
5 01 2009Elle est belle, sculpturale, aussi sensuelle en noir et blanc qu’en couleur, tatoueuse de métier et tatouée de peau. Son corps, plus intéressant que son œuvre…
Julie Becker.

Categories : Marks, Valokuvaus
Elle est belle, sculpturale, aussi sensuelle en noir et blanc qu’en couleur, tatoueuse de métier et tatouée de peau. Son corps, plus intéressant que son œuvre…
Julie Becker.

Il est tard ce soir là dans une capitale un jour un peu triste et absurdement désert, le temps n’est pas à la baguenaude et à la frivolité mais il faut bien parfois se changer les idées alors comme il fait froid et qu’il fait nuit dans Paris, je m’en vais sur la route.
Le vent souffle un peu mais dans la voiture on ne ressent plus rien, au contraire le léger ronron de la soufflerie me caresse le visage, col relevé, je me sens bien. Quinzième arrondissement, un quartier significatif qui en cette soirée n’est pas complètement anodin. Rue François Mouthon, petite rue barrée autour d’une petite ambassade, un restaurant népalais qui ne paie pas de mine, une ambiance confinée et chaleureuse à la croisée de la rue Lecourbe et de la rue de la Convention, une bonne odeur inconnue chargée d’épices fortes.
Derrière les panneaux de bois, un courant d’air désagréable me balaie les pieds. Je croque des galettes au cumin, dures comme des biscuits apéritifs et plonge des beignets de viande appelées Shabaleb (que le garçon appelle Sabalè) dans trois sauces, une à la menthe, une autre, douce, au suave goût de banane vinaigrée et une autre troisième fait de légumes, de viandes et d’épices déchirantes. Je termine sur un plat tibétain à base de curry de poulet, d’épinards crus et de lentilles épicées à la cardamome, repu.
La température a chuté d’un seul coup. A la sortie, le vent me harcèle et s’insinue sous mon caban. Désagréable. Il fait moins cinq degrés. Wind chill factor fait baisser la température, un refroidissement éolien qui abaisse tout ça à -9°C. Mais il fait sec encore. Les yeux pleurent tous seuls.
Un peu au hasard, parce que mon fils veut aller voir la Grande Dame de fer et veut monter au troisième étage alors qu’il gèle à pierre fendre, je me retrouve Avenue Emile Zola, puis tout près de la rue du Théâtre à sens unique, un petit café, Lola, qui fait l’angle, ferme ses portes, faute de monde. Il n’est pas très tard encore.
Un doux frisson me parcourt l’échine en repensant au souffle chaud que j’ai ressenti ce jour qui reste marqué au fer dans mes chairs. Les rues se succèdent, les Invalides, l’Ecole Militaire, l’Avenue de La Bourdonnais. Les quais de Seine sont déserts et malgré le froid, quelques rares touristes se font photographier devant la grande sauterelle de fer, les fous.
L’hiver est froid, comme il faut, cette année. Mon cœur est chaud, tendre à point, le café au creux du corps réchauffe mes veines et mon sang mes yeux se ferment il faut rentrer dans le froid de ma banlieue regarde les voitures petit garçon, elles sont pleines de blanc, cette nuit il va faire très froid, va te coucher petit garçon, je viens t’embrasser et n’oublie pas cette nuit de rêver à la liberté que tu chéris. Arrête de trembler, petite mouette.
Le dernier jour de l’année, le bon moment pour faire un bilan. Ouais, pourquoi pas. Dernier jour de l’année, c’était une bonne année, elle était meilleure que les précédentes, bien meilleure, même si ce n’était pas encore tout à fait ça. Elle m’a semblé longue cette année-là, s’étirant comme une longue chaussette, désespérément, comme le bas d’une femme qui n’arrête pas de s’étendre…
Je ne regarde même plus en arrière, je ne peux plus. A présent, je regarde déjà l’année prochaine avec tout ce que je dois faire.
Ce ne sont même pas des résolutions, ni même des projets, c’est simplement ma petite liste de course. Pour l’instant, ce soir, c’est le dernier soir de l’année, l’occasion de l’enterrer une bonne fois pour toute cette satanée année, balayer tous les mauvaises choses pour ne garder que les bons souvenirs et tout ce qu’on a accompli de bon. Ce midi dans le métro, une dame faisait la manche en expliquant son histoire, son mari décédé, ses deux filles à nourrir. J’ai sorti un ticket resto et je lui ai tendu. Elle m’a remercié chaleureusement, n’en croyais pas ses yeux, m’a remercié encore et m’a souhaité un bon réveillon et je lui ai souri, lui ai souhaité bon courage en ne sachant plus que faire tellement j’étais embarrassé. En même temps, le fait d’avoir fait une bonne action m’a sans aucun doute fait du bien aussi, égoïstement, et je me suis demandé pourquoi je ne le faisais pas plus souvent.
Allez, il est temps de partir, bon réveillon à ceux qui passent par là…
Photo © Rune Guneruissen
Comme un simple adage du jour: Le froid, c’est bon, surtout quand c’est dehors.
Dans certains pays, on dit qu’il n’y a pas de mauvais temps, mais que des mauvais vêtements.
Un samedi après-midi froid et sec balayé par le vent du nord, parce qu’il faut bien occuper la chère petite tête blonde qui finit par répéter sans arrêt les mêmes phrases et qui veut même aller au parc alors que dehors il gèle tellement il en a marre de rester enfermé, c’est au cinéma que nous sommes partis, surtout lorsqu’on lui a parlé de ce film dans lequel les enfants sont livrés à eux-mêmes parce que leurs parents n’en peuvent plus de toutes ces bêtises et parce que de manière collective, les adultes se rendent compte qu’il existe dans la petite ville de Timpelbach un réel problème d’autorité avec ces petits morveux.
A l’origine, c’est un roman d’un certain Henry Winterfield, Timpetill - Die Stadt ohne Eltern (La Ville sans parents), un livre écrit à l’origine comme l’a été Le Seigneur des Anneaux, comme un conte à épisodes écrit pour un enfant. Personnellement, ce film m’a fait penser à la Guerre des Boutons, sauf que je n’ai jamais aimé la Guerre des Boutons, peut-être parce que je n’ai jamais aimé Yves Robert et que le roman de Louis Pergaud m’avait franchement barbé.
Les enfants de Timpelbach c’est avant tout un très beau film, un film avec et sur les enfants, et surtout un très beau film français. En voyant l’affiche, on se dit forcément que c’est encore un film américain, une super-production hollywoodienne créée à grand renfort de dollars et d’effets spéciaux à la Narnia et consorts, mais pas du tout, on est bien dans une belle production française dont on n’a pas à rougir. Mis à part la présence inutile d’un Gérard Depardieu bedonnant dans la peau d’un maréchal certainement russe et d’une Carole Bouquet presque pathétique en bourgeoise fantasque, la seule à tenir le haut du pavé du côté des adultes, c’est Armelle en institutrice aussi cruelle que nunuche.
L’histoire est audacieuse. Après avoir délibéré, les adultes de Timpelbach décident que leurs chères têtes blondes ont dépassé les bornes et qu’il est temps de prendre des mesures, et pour mesure, la plus radicale qui soit va leur être infligée. Les parents simulent un départ irrévocable de la ville, mais prévoient en secret de revenir le soir après une petite partie de campagne. Le problème c’est qu’ils tombent aux mains d’une légion étrangère qui voit ce déplacement massif de population comme une tentative d’invasion et se retrouvent enfermés dans des geôles sombres et humides tandis que leurs enfants sont désormais seuls dans la ville. Avec les plus grands d’entre eux, ils vont s’organiser pour subsister, car il faut bien manger, se laver, continuer à vivre en somme, mais sans les parents. Deux bandes rivales vont s’affronter pour prendre le contrôle de la ville.
Les véritables stars, ce sont les enfants, avec un casting époustouflant de très beaux garnements.
Une belle brochette de jeunes acteurs généralement très bons, pour certains au jeu parfois assez inégal ce qui ne fait pas oublier qu’on est au cinéma, mais tous sont certainement très prometteurs.
Finalement, les bons sont vraiment très gentils et les méchants vraiment très méchants, mais à la fin, la morale est sauve, les méchants sont matés parce qu’ils sont allés trop loin, les gentils sont toujours les gentils et les parents apparaissent finalement comme les grands irresponsables dans l’histoire. Incapables d’assumer leur autorité, ils partent et au bout du compte, les enfants s’en sortent très bien tous seuls. Une bonne leçon, pour les parents et pour les spectateurs.
Malgré une fin un peu raplapla, on en arrive presque à oublier qu’on est en train de regarder un film français, qui pour une fois, a réellement frappé un beau coup, avec de surcroit, une photographie superbe et des décors à la hauteur de leurs ambitions.
Un don d’écrire avec des mots simples, sans fioritures, une simple faculté à raconter une histoire avec le souffle épique des grandes sagas nordiques. Je connaissais l’écriture rigolarde et fraîche des racontars (skrøner) qui l’ont rendu célèbre, mais pas encore ses récits arctiques. Celui a la douceur d’une neige fraichement tombée.
Un livre lumineux…
« Mais vous ne faites jamais la guerre ? » demanda-t-il.
« Je ne comprends pas ce que tu veux dire », répondit Apuluk. Il répéta le mot que Leiv avait prononcé en islandais. « Ça veut dire quoi, guerre ? »
Leiv réfléchit longuement. Enfin, il dit :
« La guerre, c’est l’absence de paix entre les gens. Certains veulent quelque chose qui appartient aux autres, et alors c’est la guerre. Et les gens continuent à se tuer jusqu’au moment où les plus forts gagnent. »
Narua s’allongea sur le dos et contempla le plafond de la tente.
« On ne connait pas la guerre ici, dit-elle. Mais c’est peut-être parce que nous ne possédons pas beaucoup de choses. Tout ce que nous avons appartient à tout le monde, et on n’a pas la possibilité de vouloir quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre. »
Juste avant de dormir, Leiv murmura :
« Je suis heureux de vivre avec vous. J’ai appris à vivre comme un Être Humain. »
Jørn Riel,
Le garçon qui voulait devenir un être humain,
volume 1, Le Naufrage
Comme en écho au livre de Jørn Riel, le jour avant le lendemain. Noël vient de passer par là en laissant derrière lui des trainées de lumière et la vie reprend son cours, même s’il est passablement ralenti. Les heures défilent sans raison, le jour succède à la nuit et la nuit au jour, les journées, pendant quelques temps ne seront plus qu’une succession d’heures passées à ne rien faire dans l’anarchie la plus totale. Le bain succède à rien du tout, la douche ne fait guère mieux, tandis que la sieste passe son temps à passer le temps que rien ne blesse. Le petit goûte ces moments sur le canapé ou sur le tapis de sa chambre sur lequel sont disséminés ses jouets. Oui, oui, il faut ranger, mais pas tant que ça, juste de quoi circuler, descendre les poubelles, même pas mettre le nez dehors.
Tiens, j’ai ressorti mes carnets et je les ai parfumés de l’odeur de la clémentine qui traine sur mes doigts. Déjà la nuit tombe, je n’ai rien fait et je n’avais rien à faire. Vidé quelques cartons, jeté quelques vieux livres que je ne relirai plus et refermé d’autres dans lesquels se trouvent tous mes livres d’étudiant dont je ne sais pas quoi faire. Jeté un coup d’œil sur l’album de photos de mariage de mes parents…
En somme, rien ne s’est passé. Je me suis perdu dans les traits légers et précis d’Esther sur la lanterne brisée. Une onde de froid est passée, comme pendant ces hivers en Nouvelle-Angleterre, à Bethlehem, Pennsylvanie, une simple grille enneigée ou une grande bâtisse dont les fenêtres sont éclairées par la lueur froide d’une bougie. Il y avait aussi ce vieil homme qui pêchait des moules.
Photo © Rengim Mutevellioglu
Des visages marqués par le temps et le regard plein de nostalgie, une véritable ôde au troisième âge. Et puis je me suis perdu sur les gouttelettes de buée qui coulait sur cette vitre, une vision qui me rappelle les premières lignes du livre de Naomi Klein, No Logo.

La lumière bleue au dehors tandis qu’il vient de neiger. Ce qui fait que l’hiver est hiver ce sont ses lumières oscillant du bleu à l’argenté dans une symphonie miraculeuse. L’hiver, c’est aussi son iconographie désuète qui a du mal à se démoder. Ce sont aussi ces images qui ont du mal à exister avec leurs légendes. C’est parfois une certaine idée de la solitude, de la ville désertée et de la nuit aveugle (énormément de bonnes choses sur Photoblogr).
Photo © Antartic Journal
Cette année en Antarctique, c’était l’année du vent, un peu comme ici, même les vents qui ont soufflé ici n’avaient rien de catabatiques.
Je n’allais pas partir comme ça. Pas sans mon sapin de Noël, celui des Galeries Lafayette que je photographie tous les ans. Cette année, il n’y avait pas grand monde dans les magasins, je veux dire par là qu’il n’y avait pas tellement plus de monde que d’habitude, qu’un bon samedi bien plein. La carte bleue a failli prendre feu entre mes doigts tellement elle a crépité et demain soir, c’est déjà le Réveillon. Le petit ne tient plus en place et moi je crois que je suis en train de tomber malade, une bonne crève m’attend au coin de la rue. Je crois que je commence à avoir sérieusement besoin de sommeil, quelques jours de repos ne seront pas de trop pour se remettre de tout ça. Fin d’année, fin des temps, fin d’une époque. Je suppose qu’il est presque temps qu’on se souhaite un Joyeux Noël !!!
J’aimerais finir l’année dans les lumières scintillantes, dans la lumière des fêtes. Jusque là tout va bien, Noël est sur les rangs, plus que quelques jours pendant lesquels je masque mon impatience, pour mon fils, pour moi, parce que c’est peut-être le dernier Noël du Père Noël, le dernier Noël avec les yeux de l’innocence dans lequel la magie est là et opère de tous ses charmes, entièrement.
Le temps s’est adouci, mais il est prévu qu’il se refroidisse intensément ces prochains jours. Tant mieux. Je me souviens de Noël 1999, en particulier ce 26 décembre où la tempête a tout emporté sur son passage ; ce matin, je suis sorti constater les dégâts, j’étais en t-shirt et il faisait 17°C, un 26 décembre…
Ce Noël-ci a quelque chose de particulier, parce que je le fais chez moi, dans mon grand appartement, avec ma magie, mes lumières, mes ambiances, tout ce qui fait que c’est vraiment chez moi. Et surtout, avec ma famille, avec tout le monde cette année, et ça j’y tiens.
Je vais finir l’année avec un beau livre, un livre de contes du Nord - finalement c’est un peu mon chez moi aussi le Nord. Ce livre, je pense que j’ai dû l’acheter il y a une bonne dizaine d’années au salon du livre de jeunesse de Montreuil. Ce livre c’est Le garçon qui voulait devenir un être humain de Jørn Riel, le beau Danois devenu chasseur sur cette terre blanche qu’on appelle terre verte (Grønland, dont les armoiries sont un ours polaire et le drapeau est rouge est blanc). Un livre dédicacé de la main de son auteur, rien que pour moi.
Dans quelques jours c’est Noël, et tout scintille. Des milliers d’étoiles et de lumières.
Photo © Solarnavigator
Le catch revient à la mode, je l’avais pressenti. Le fait est que lorsqu’il n’y a rien à la télévision, rien ne vaut quelque chose d’un peu excitant comme un bon match de catch. Les nostalgiques ne s’y trompent pas, ils ont leur propre blog. Une grande vertu libératoire. Via La Grange.
Nostalgie Catch.